GEOFF TATE : Kings and Thieves (critique CD)

Publié le par MEL DELACROIX

 

Deuxième album solo de Geoff Tate (10 ans après la première tentative plus intimiste et disons-le, discrête) sous un artwork "Queensrychien" du plus bel effet qui fait la nique aux fourbes qui ont eu l'audace (la folie) de l'éjecter (pas loin d'un tribute-band maintenant avec leur clone vocal... cela méritait bien alors quelques crachats et autres fleurets), Kings and Thieves suit logiquement les traces du précedent Queensryche, "Dedicated to Chaos", et s'arrache du carcan metallique (mais le metal seul est définitivement trop anxyogène pour le talentueux et éclectique Geoff ), en offrant un voyage musical plein de promesse et de témerité (comme d'hab'), lorgnant vers des rivages roses comme des flamands, s'affirmant dans le dépassement de soi comme jadis King Crimson l'osait, faisant fi des quolibets alentour.

Immédiat, rock, "She Slipped Away est franchement electrisant, le mid-tempo "Take a Bullet" aux lourds claviers vintage rehaussés d'un solo qu'on imaginerait distillé par un The Edge et qui aurait eut sa place dans le prenant "American Soldier" trouve une place de choix. On s'arrache des architectures alambiquées pour insister sur une verité immédiate ("The Way I Walk"), sachant que rien ne peut être médiocre lorsque vous possédez une des plus troublante voix de l'histoire du rock (et metal par extension). Ce cachet faisant foi, difficile de trouver des défauts à cet album ambitieux qui exige une ouverture d'esprit certaine et une patience jouissive pour appréhender dans sa globalité l'oeuvre offerte (que malheureusement ne possêde pas toujours/ complêtement la communauté metal...), oubliant les schismes et autres guerres de chapelles.

Bras armés (et lourdement), Rudy Sarzo, Glenn Drover (entre autres) font le job. Queensryche étant aux yeux (oreilles) de nombreux fans plus qu'un groupe mais quasi une religion (je peux comprendre), sachons simplement que l'âme est sauvée, cette musique étant un miraculeux cépage et s'offrant, se dégustant comme le meilleur des Cabernet Sauvignon, un nectar d'une finesse mélodique remarquable.

Saxophone saignant, "The Way I Roll" pertube, Geoff est un conteur, et si les touches de piano ne sont pas maltraitées par Mike Garson, on y retrouve les ambiances géometriquement imparfaites d'un Alladin Sane, autre filiation par accident qui se répand telle une ombre inconsciente tout au long de cet album, qui enchante le fin gourmet.

"Tomorrow" et ses cordes orientales, cet aveu déchirant dans les sanglots fataliste du somptueux vocaliste fragilise l'édifice, et rend l'opération encore plus humaine, cette schizophrénie galopante qui jadis embrassa les Syd Barret et autres Roger Waters (Pink Floyd, encore), et toujours ce fragile équilibre...Pop, Rock ou Metal progressif, réellement affranchi...

Juste se laisser emporter par les soyeux tissus qui composent le "Dark Money" aux envolées "Tylerienne", un Aérosmith sous azote. Pur délice.

Oeuvre adulte certes, peu d'emballements (inutiles et inoffensifs) à la Green Day. Pas de haillon, que du sur-mesure, cette Musique Atomique, condensant en si peu de place une molléculaire ésperance, une qualité intrasêque saura traverser les pores les plus réfractaires.

Avant dernier morceau, et pas des moindres, le superbe "Change", qui frotté par de délicats arpêges, offre aux coeurs les plus froids la seringue salvatrice, cette décharge d adrénaline qui voit à la suite s'effondrer les dernier rêves, et accepter la fatalité, un constat d'une magnifique amplitude touchant les étoiles, Geoff Tate brillant ici de mille feux, de ses yeux s'évanouissant d'infimes goutelettes d'ivoires. Grand moment de l'album, sans nul doute.

"Waiting" clôt le voyage, avec sa basse qu'on imaginerait portée par Sting ("Tea In Sahara") et encore ce saxo échappé de "Dark Side of The Moon", justement lunaire en diable.

Production limpide et écrin parfait dans lequel scintille ce joyau qu' est la voix de cet artiste hors norme (encore une fois, trop grand pour le metal), ce nouvel album de Geoff Tate (ou de Queensryche, car avouons-le ici, la démonstration est sans appel, flagrante, assassine) est une absolue réussite.

Et si la reine est morte, alors vive le Roi !

Geoff Tate est ici sacré Empereur.

Génuflexion-

Publié dans Critique CD

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